Dans la nuit du 16 juillet 1918, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg en Russie, l’un des épisodes les plus célèbres et controversés d’exécutions collectives de l’histoire moderne a eu lieu. Le dernier empereur de Russie, Nicolas II, a été exécuté avec son épouse Alexandra et leurs cinq enfants — Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et Alexeï — ainsi que quatre de leurs fidèles serviteurs, par un peloton d’exécution bolchevique dirigé par Iakov Iourovski. Ce drame sanglant a marqué la fin de plus de 300 ans de règne de la dynastie des Romanov et, par conséquent, la fin définitive de l’ère impériale russe.

Comment en est-on arrivé là ?

Dès le début du XXe siècle, la Russie était en proie à des crises accumulées. La pauvreté, la famine et les inégalités sociales alimentaient le mécontentement populaire. La participation de la Russie à la Première Guerre mondiale en 1914 a aggravé la situation, avec des pertes humaines si lourdes qu’elles ont encore accru le ressentiment de la population.

En février 1917, une révolution éclate à Petrograd (actuelle Saint-Pétersbourg), forçant le tsar Nicolas II à abdiquer. Lui et sa famille sont placés en résidence surveillée dans leur palais de Tsarskoïe Selo, puis transférés à Tobolsk en Sibérie, et enfin à Ekaterinbourg en avril 1918. Pendant cette période, la guerre civile russe fait rage entre les bolcheviks (les Rouges) et l’Armée blanche (les opposants aux bolcheviks).

À l’approche des troupes de l’Armée blanche d’Ekaterinbourg, les bolcheviks craignent que la famille impériale ne soit libérée et devienne un symbole de résistance contre eux. C’est pourquoi le Soviet local de l’Oural décide d’exécuter la famille sans procès.

La nuit de l’exécution

Dans la nuit avancée du 16 juillet, Iakov Iourovski réveille la famille et leur demande de descendre au sous-sol, prétextant un besoin de les photographier en raison des troubles dans la ville. Le tsar descend en portant son fils malade, Alexeï, dans ses bras, suivi de l’impératrice et de ses filles. Les serviteurs les accompagnent, apportant avec eux de petits coussins — qui s’avéreront plus tard avoir été cousus dans leurs vêtements pour y cacher des bijoux et des pierres précieuses.

Dans une petite pièce d’environ 5 × 6 mètres, la famille et les serviteurs entrent. Puis une escouade de 11 hommes fait irruption. Iourovski lit la sentence : « Le Soviet de l’Oural a décidé de vous exécuter. » Avant que le tsar ne puisse répondre, Iourovski lui tire une balle dans la tête à bout portant, donnant le signal d’une rafale de tirs.

Cependant, à la surprise générale, de nombreuses balles ricochent sur les corps — en raison des bijoux cachés dans les vêtements. Les soldats doivent achever la tâche à coups de baïonnette. La scène est atroce et se termine par l’exécution de 11 personnes en moins de 20 minutes.

La dissimulation des corps et la polémique qui a duré des décennies

Après l’exécution, les corps sont transportés hors de la ville et jetés dans une mine abandonnée. Plus tard, les bolcheviks reviennent, brûlent les corps avec du kérosène et les enterrent dans un lieu secret. Le sort de la famille est resté un grand mystère pendant plus de 70 ans.

En 1991, après la chute de l’Union soviétique, des archéologues découvrent des restes humains sur un site proche d’Ekaterinbourg. Des tests ADN confirment qu’il s’agit du tsar, de l’impératrice et de trois de leurs filles. En 2007, les restes d’Alexeï et de Maria sont retrouvés. En 2000, l’Église orthodoxe russe canonise la famille en tant que « porteurs de la passion ».

Pourquoi cet événement nous concerne-t-il aujourd’hui ?