Le 10 juin 1944, il y a quatre-vingts ans, l’Islande déclarait la fin de son union avec la couronne danoise pour devenir une république indépendante. L’indépendance n’était pas un événement éphémère : l’Islande possédait déjà une particularité unique parmi les nations, celle d’avoir le plus ancien parlement encore en activité au monde, l’« Althing », fondé en 930, bien avant les parlements britannique ou français. Cela signifie que ce parlement n’a jamais cessé de fonctionner pendant plus de mille ans, évoluant d’une assemblée de chefs locaux à une institution législative à part entière.
Deux cents ans sous occupation silencieuse
L’Islande s’est jointe à la couronne danoise en 1380, après que la Norvège, passée sous contrôle viking, ait transmis le territoire de main en main. La période la plus marquante débuta en 1918 avec la signature de la « Loi constitutionnelle », qui accordait à l’Islande une large autonomie interne, alors que le Danemark subissait les conséquences de la Première Guerre mondiale, affaiblissant les liens entre les Islandais et les Danois.
La Seconde Guerre mondiale — catalyseur de l’indépendance
La Seconde Guerre mondiale a joué un rôle crucial dans l’accélération de l’indépendance islandaise. En mai 1940, le Royaume-Uni occupa l’Islande pour empêcher les nazis de s’en emparer. Dès lors, les Islandais ressentirent bien moins l’influence danoise. L’arrivée des Américains transforma ensuite la position stratégique de l’île. Comme le Danemark était lui-même sous occupation nazie, le roi Christian X perdit en réalité tout contrôle effectif sur son territoire, et les forces militaires danoises, déjà absentes, n’avaient aucune présence réelle en Islande.
Un référendum historique à 99 %
Le 20 mai 1944, avant le 10 juin, un référendum constitutionnel fut organisé. Environ 98 % des électeurs éligibles participèrent, et le résultat fut de 99,5 % de « oui », l’un des référendums les plus décisifs de l’histoire. Peu après, la république fut proclamée lors d’une cérémonie à Reykjavik, un événement historique non seulement pour l’Islande, mais aussi pour le monde entier, alors en pleine quête d’autonomie.
L’Islande peut-elle servir de modèle au monde arabe ?
Aucun pays arabe ne possède un parlement vieux de mille ans, mais les leçons à tirer de l’expérience islandaise se résument en deux points : premièrement, la liberté ne s’obtient pas d’un coup, mais résulte de siècles de revendications citoyennes et d’une culture démocratique ; deuxièmement, les petites nations — comme le montre cette expérience — peuvent construire des États modèles par des moyens pacifiques, sans recourir à des révolutions sanglantes. Depuis son indépendance, l’Islande n’a pas d’armée et n’a mené aucune guerre de libération, et pourtant elle a maintenu une indépendance solide pendant plus de quatre-vingts ans. Aujourd’hui, l’Islande figure parmi les premières démocraties du monde, prouvant que la sagesse et le rejet de la violence valent mieux que le jihad armé.
