Ce jour-là en 1905, l’une des plus grandes batailles navales de l’histoire moderne débutait. La bataille de Tsushima s’est déroulée dans le détroit de Tsushima, entre la mer Jaune et la mer du Japon, où la flotte japonaise dirigée par l’amiral Heihachirō Tōgō affronta la flotte russe de la Baltique en provenance d’Europe après un voyage de sept mois. La bataille s’est conclue par la destruction quasi totale de la flotte russe, une défaite écrasante qui a changé l’équilibre des pouvoirs en Asie de l’Est.

Contexte historique

La guerre russo-japonaise éclata en février 1904 en raison de la rivalité coloniale entre les deux empires pour le contrôle de la Mandchourie et de la Corée. Le Japon déclencha la guerre par une attaque surprise contre la flotte russe dans le port de Port-Arthur (aujourd’hui Lüshunkou). Après plusieurs mois de combats, le Japon parvint à encercler les navires russes dans le port et à couper leurs lignes d’approvisionnement.

Dans une tentative désespérée de renverser la situation, le tsar Nicolas II décida d’envoyer sa flotte de la Baltique — basée en mer Baltique près de la Russie européenne — en un voyage épique de 33 000 kilomètres (18 000 milles marins) à travers l’océan Atlantique, l’océan Indien et l’océan Pacifique pour rejoindre le port de Vladivostok en Extrême-Orient.

Le long voyage et les problèmes précoces

La flotte russe, composée de 38 navires sous le commandement de l’amiral Zinovi Rozhestvenski, quitta les ports de la Baltique le 15 octobre 1904. Mais le voyage commença par une catastrophe diplomatique : lors de l’incident de Dogger Bank (banc de Dogger) en mer du Nord, les navires russes ouvrirent le feu par erreur sur des chalutiers britanniques, les prenant pour des torpilleurs japonais. L’incident faillit déclencher une guerre avec la Grande-Bretagne, évitée de justesse grâce à des excuses et des compensations financières immédiates de la part de la Russie.

La flotte poursuivit son périple le long des côtes occidentales de l’Afrique, contourna le cap de Bonne-Espérance et atteignit Madagascar, où elle fit escale pour se ravitailler en carburant. C’est là que Rozhestvenski apprit la chute de Port-Arthur aux mains des Japonais, rendant sa mission initiale — lever le siège du port — impossible. Pourtant, le tsar lui ordonna de poursuivre sa route vers Vladivostok.

Détails de la bataille

Le matin du 27 mai 1905, les navires de reconnaissance japonais repérèrent la flotte russe approchant du détroit de Tsushima. L’amiral Tōgō l’attendait, ayant préparé un piège bien huilé. À 13 h 40 cet après-midi-là, Tōgō transmit son célèbre signal : “Le destin de l’Empire dépend de cette bataille. Que chaque homme donne le meilleur de lui-même.”

Les navires japonais surpassaient leurs homologues russes en vitesse et en armement. Tōgō exécuta la manœuvre célèbre du “T croisé” (Crossing the T), permettant à ses navires de concentrer tous leurs canons sur les navires russes, tandis que ces derniers ne pouvaient répondre qu’avec leurs canons avant. L’amiral Rozhestvenski fut grièvement blessé dès le début de la bataille et perdit connaissance, laissant la flotte sans commandement efficace.

Au coucher du soleil, quatre cuirassés russes avaient déjà sombré. Avec la nuit tombante, les destroyers et les torpilleurs japonais attaquèrent les navires russes restants dans l’une des premières batailles navales nocturnes réussies de l’histoire. Au matin du 28 mai, l’amiral Nikolaï Nebogatov se rendit avec ce qui restait de la flotte.

Résultats et pertes

PartieMortsBlessésPrisonniersNavires coulésNavires capturés
Japon1175833 vedettes lance-torpilles
Russie5 0458036 01621 navires7 navires

La Russie a perdu les 11 de ses cuirassés de guerre — sept coulés et quatre capturés. Seuls quelques navires ont survécu : un croiseur et seulement deux destroyers ont atteint Vladivostok. Le Japon, en revanche, n’a perdu aucun grand navire de guerre et ses pertes humaines ont été relativement légères. Les historiens militaires ont décrit cette bataille comme « la plus grande bataille navale depuis Trafalgar ».

Conséquences mondiales

La défaite de Tsushima a eu des répercussions immenses :

  1. Fin de la guerre : La Russie a été contrainte de capituler et de négocier le traité de Portsmouth en septembre 1905, sous la médiation du président américain Theodore Roosevelt.
  2. L’ascension du Japon en tant que grande puissance : C’était la première fois dans l’histoire moderne qu’un pays asiatique battait une puissance européenne majeure dans une guerre totale, ce qui a inspiré les mouvements de libération en Asie et en Afrique.
  3. La révolution russe de 1905 : La défaite militaire a révélé la faiblesse du régime tsariste et a attisé les troubles intérieurs, ouvrant la voie à la révolution de 1917.
  4. Leçons navales : La bataille a démontré l’importance de la vitesse, de l’armement lourd et des communications sans fil dans la guerre navale, et a modifié la conception des navires de guerre pendant des décennies.

Faits marquants

  • Ce fut la première grande bataille navale où la télégraphie sans fil (radio) a joué un rôle décisif dans le commandement et le contrôle.
  • Les navires russes ont parcouru 33 000 kilomètres en 7 mois — le plus long voyage militaire par voie maritime de l’histoire jusqu’alors.
  • Ce fut la dernière bataille navale à opposer des flottes de cuirassés modernes en fer.
  • Le cuirassé japonais Mikasa — navire amiral — est toujours conservé comme navire musée à Yokosuka, au Japon.
  • Après 340 ans depuis la bataille de Fukuda Bay (1565), ce fut la première fois que les Japonais battaient une puissance européenne majeure dans une bataille navale décisive.

Sources